Commémorer pour honorer, commémorer pour ne plus renouveler. Avancer sans oublier les horreurs (les erreurs ?) du passé. Se souvenir pour corriger, ne plus continuer, ne plus recommencer.

Une semaine de cérémonies qui nous rappellent que partout du monde, partout dans le monde, nous avons eu des hommes qui se sont battus jusqu’à la mort contre l’oppresseur, contre les idéologies qui justifiaient que les femmes et les hommes ne pouvaient vivre libres et égaux en droits, mais restreints et asservis, parce qu’un seul homme, souverain, empereur, sauveur, père de la nation, pouvait, seul, décider du bien ou du mal.

Une semaine de cérémonies qui nous rappellent que la France a choisi comme seul maître à qui se soumettre les Lois de la République. Nul homme, nul Dieu qui lui soit supérieur. Quels que soient les Dieux ou les prophètes, s’il en est.

Une semaine au cours de laquelle il m’a été possible de répéter que la Démocratie et la République autorisaient à chacun de s’exprimer librement sauf à les profaner, à les bafouer et les renier : ceux qui comme au Bataclan tuent, programment ou chantent la mort promise aux défenseurs du monde libre ne peuvent y demeurer.

Une semaine au cours de laquelle il m’a été possible d’affirmer que la Démocratie et la République ne pouvaient laisser à la dérive des malheureux poussés à l’exil par ceux-là même qui viennent prôner la fin de nos libertés avec Dieu comme prétexte.

Une semaine au cours de laquelle nos concitoyens ont admis qu’il nous fallait corriger. Corriger nos peurs, corriger nos cœurs. Comme nos aînés, aller combattre l’oppresseur. Non plus avec nos armes et nos munitions, mais avec notre culture. Trois ans de guerre au Yémen, sept en Syrie, combien en Afghanistan ? ont montré que la réponse armée aux conflits n’était pas adaptée.

S’armer pour se défendre est une évidence : la dissuasion permanente, la réassurance de l’Alliance ou de la future coopération européenne de défense, ne sauraient être remises en cause.

S’armer pour neutraliser les ennemis du monde libre l’est moins. Le dernier succès rencontré nous le devons à des Kurdes que nous avons lâchement abandonnés à Afrin. Quelques hommes et beaucoup de femmes qui ont tout donné pour que leur espoir ressemble au monde dans lequel nous vivons. Mais, embarqués ou déployés, nous les avons abandonnés.

Abandonnée la mémoire des tirailleurs sénégalais. L’Armée Noire. Les Animistes. «Passant, ils sont tombés fraternellement unis pour que tu restes français.» C’est l’épitaphe signée Léopold Sedar Senghor au pied du monument érigé en leur mémoire en 1994 à Fréjus. Le seul en France avec celui de Reims que le Président de la République Emmanuel Macron inaugurera à l’automne.
C’est normal, nous avons depuis longtemps pris l’habitude de détourner nos consciences. Nous avons préféré nous réunir dans des arènes autour de quelques hommes qui, avec la bénédiction de Dieu, munis de leurs lances, affaiblissaient la bête afin que l’un d’entre eux, le plus frêle, l’achève au moment où ses forces avaient enfin abandonner son corps pour libérer son âme.

Depuis l’aube des temps nous reportons sur les plus faibles nos lâchetés.

Comme leurs cadets que nous déployons sur les théâtres d’opérations, les soldats que nous honorons affrontaient la mort en face.

Eux avaient (ont) du courage.

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