Journal de Marche N°38 – du 2 au 7 avril 2018


À perte de vue des terres riches, cultivées soigneusement par des hommes. Des paysages façonnés, sculptés par le labeur des paysans, des agriculteurs. Une terre noire, peignée, qui donne à ce paysage une allure très structurée, très ordonnée.

Les névés encore très présents et les immenses flaques laissées par ce début de redoux témoignent d’un hiver qui a été extrêmement rude. À tel point que même les corbeaux ne sont pas encore revenus.

Et pourtant, ici et là, de petites et très modestes maisons laissent échapper une mince fumée qui témoigne d’une présence humaine.

Les femmes et les hommes qui sont de cette terre sont restés malgré l’hiver, malgré le froid, malgré la guerre.

La guerre que leur livre leur voisin Russe depuis quatre longues années. Depuis dix mille morts. Depuis l’exode de plus d’un million et demi des leurs.

Mais chez ceux qui restent au milieu de ces champs, de ces usines démantelées, de carrières à charbon, la même volonté de vivre. La même volonté pour chacune et chacun de ces habitants de rendre propres des rues, des jardins, des habitations, salies par l’hiver, par la honte humaine qui massacre des vies au nom du nationalisme.

Des mères, des épouses, des filles, qui ne verront jamais rentrer un fils, un mari, un père, que la bêtise humaine leur a pris.

Et pourtant, partout, cette même volonté de vivre, de libérer cette terre, de la semer à nouveau, de faire émerger de nouvelles pousses.

C’est alors qu’à Kiev, au milieu d’une friche industrielle, est sortie Unit Factory;une école de formation et de production de services digitaux, liée à l’école 42 créée par Xavier Niel, qui offre aux jeunes de ce pays mais aussi du monde la possibilité d’avoir un avenir grâce à leur talent.

Cette belle et grande leçon de résistance nous a été offerte cette semaine, à notre délégation, par un peuple fier et digne. Emmenés par Valéria Faure-Muntian la présidente du groupe d’amitié France-Ukraine, Laurence Trastour-Isnart, Marc Le Fur, Bruno Bonnell, Jean-Claude Leclabart et moi avons été dans le Donbass, cette région à l’est de l’Ukraine, aux portes de l’Europe institutionnelle, aux frontières physiques de l’Europe continentale où la guerre sévit.

Invités par nos homologues de la Verkhovna Rada (parlement d’Ukraine) et accompagnés par M. Taillet, formidable administrateur de l’Assemblée, nous avons plongé dans le cœur d’une réalité glaçante. Au nom de nos collègues de l’Assemblée Nationale, nous avons témoigné par notre présence sur la ligne de front l’engagement de la France à ce que cesse ce conflit.

La diplomatie parlementaire est un outil important du rayonnement retrouvé de notre pays, de l’attente de la France dans le monde.