Journal de Marche N°61 – du 6 au 12 octobre 2018

Publié par Philippe Michel-Kleisbauer le

Atterrissage lundi sur une terre remuée depuis quarante ans par la guerre où ses résurgences, par ses conflits avec ses voisins un peu trop envahissants, où ses propres ethnies qui, bouleversées par tant de bombardements, en ont perdu leurs repères.

Atterrissage lundi au Liban qui, depuis quarante ans, rythme nos lectures, nos études, notre vision du Proche et Moyen-Orient, où tant de camarades ont servi, où beaucoup y sont morts.

Atterrissage sur ce bout de la méditerranée, berceau de tant de civilisations, dont la paix est maintenue par des équilibres politiques aussi subtiles que fragiles et des casques bleus qui évoluent dans un monde moins cartésien que le nôtre, plus complexe, où l’idée de nation est écrasée par les replis identifiés.

Les Forces Internationales des Nations Unis pour le Liban sont animées par une Force Commander Reserve dont l’État-Major est assuré depuis le mois de juillet par les cadres du 21ème Régiment d’Infanterie de Marine de Fréjus. Un régiment aux passés glorieux et aux états de service impressionnants qui a l’expertise de ce terrain et dont le chef de corps m’a accueilli pour m’emmener sur la «Blue Line».

Fameuse ligne d’un peu plus de cent kilomètres et dont une douzaine (treize exactement) sont des points chauds, à cause de frontières étrangement définies et malicieusement interprétées, qui replongent régulièrement le pays dans des tensions toujours violentes que seule la présence de casque bleus empêche de dégénérer.

Des casques bleus qui m’ont ouvert leur quotidien, qui m’ont témoigné une nouvelle fois la force de leur engagement au service de la France.

La dignité de ces soldats contraste avec les mesquineries d’oppositions qui, cherchant à faire naître des conflits dans l’hémicycle plutôt que des contrepoints argumentés, en viennent de plus en plus régulièrement à des alliances contre nature propices à l’émergence du pire. .

Ce pire, nous sommes en train de le voir émerger au Brésil où les paroles décomplexées des extrêmes se traduisent en faits dans les urnes, en actes ignobles dans les rues. À la misère se succède cette descente aux enfers vers le néant, hélas déjà expérimentée par le monde il y a à peine soixante dix ans.
Expérimentation de l’horreur encore visible à Lyon à la prison de Montluc qui servit pendant la guerre de lieu d’internement par les autorités de Vichy et allemandes pendant l’Occupation, visitée cette semaine dans le cadre de ma mission sur la Mémoire. Ce déplacement s’inscrivant dans ma démarche de recueil dans tous les Hauts Lieux de la Mémoire Nationale. Recueil aussi à la nécropole du Tata Sénégalais de Chasselay où reposent près de deux cents hommes du 25ème Régiment de Tirailleurs Sénégalais dont je vous invite à découvrir l’histoire d’une exécution sordide par les nazis qui les avaient «séparés» des prisonniers blancs avant de commettre “l’horreur».

Impossible dès lors de passer à côté de la venue à Paris de Peter Bauza jeudi soir à l’occasion d’une exposition de son travail sur cette société brésilienne destructurée à la Galerie Claude Samuel.

Le regard sur le monde que porte cet illustre journaliste allemand photoreporter, accueilli dans la capitale par Olivier et Violette Spillebout, révèle notre passive complicité à la dérive de ce monde.

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